
Pour sa 4e édition des Vitrines de l’insertion, l’association Insertion Valais a organisé le 23 mai 2025 à Martigny une matinée-conférence intitulée « Santé mentale : au travail ! ». Au programme, des interventions mettant notamment en lumière les ressources disponibles et questionnant la place et le rôle des différents acteurs : personnes en emploi ou sans emploi, employeurs, professionnels de la formation, de l’insertion et de la santé.
Selon l’Office fédéral de la santé publique « une personne se sent psychiquement en bonne santé lorsqu’elle peut exploiter son potentiel intellectuel et émotionnel, faire face aux charges de la vie quotidienne, travailler de manière productive et apporter une contribution à la communauté ».
Quelles sont les ressources et les contraintes influençant le bien-être des personnes actives ? Comment détecter les signes d’une santé psychique précaire ou d’une maladie mentale ? Que peut faire un référent professionnel devant une personne au comportement inadéquat ? Comment le non-emploi ou, au contraire, une mise en activité influence la santé psychique des personnes en insertion ? Des questions parmi d’autres abordées par cinq experts et praticiens invités par Insertion Valais au Théâtre L’Alambic avec le généreux concours de la Ville de Martigny, représentée par Sandra Moulin Michellod, conseillère municipale de Martigny en charge des affaires sociales, de la culture et du tourisme.

Accueillant la centaine de professionnels et de participants issus des sphères académique, économique et publique présents, Christian Sermier, président d’Insertion Valais, a introduit la thématique du jour et présenté les intervenants.
Sophie Martin Duc, directrice du service Social-Emploi du centre médico-social de la région de Sierre, en charge de la curatelle, de l’aide sociale et de l’insertion socioprofessionnelle (COREM), a partagé ses observations de terrain et ses réflexions. La santé mentale est de plus en plus thématisée sur le terrain, pas uniquement en regard des personnes migrantes à accompagner mais aussi des Suisses. Pour les premières, elle note que des ethnopsychiatres, absents en Valais, constitueraient une ressource clé. Pour les seconds, l’enjeu est de les conduire vers le praticien en santé mentale. Souvent, sur le papier, tout va bien ; la personne dénie sa situation de santé. C’est en la mobilisant par le biais d’un stage que les freins à l’insertion se révèlent. L’activation agit non seulement en tant que révélateur mais également comme levier de stabilisation et de structuration. Aux yeux de la praticienne, il importe d’adapter les prises en charge aux bénéficiaires en intégrant leur perspective, de donner le temps nécessaire et d’accepter d’avancer à tâtons.

Alexia Fournier Fall, coresponsable de la campagne des cantons latins SantéPsy.ch visant à démocratiser la santé mentale auprès de la population, a rappelé en préambule qu’il n’y a pas de santé sans santé mentale. Celle-ci évolue tout au long de la vie et n’est pas uniquement l’affaire de ceux qui en souffrent et des professionnels de la santé ; la communauté a également son rôle à jouer. Comme le montre le modèle des deux continuums de Keyes, la santé mentale est à distinguer de la maladie psychique : on peut avoir une mauvaise santé mentale sans maladie psychique et vice-versa. La santé mentale comporte certes des dimensions individuelles mais elle fait tout autant écho à différents facteurs sociaux, économiques et sociétaux. La littérature met en avant plusieurs éléments entravants comme l’isolement ou les transitions (ex. ruptures, deuils). Le travail, hors situation de burn-out, est globalement protecteur. En tant qu’employeur ou manageur, prendre soin au quotidien de la santé mentale de ses salariés, c’est notamment soutenir le développement de leurs compétences psychosociales, adopter une posture soutenante et proposer un espace de travail sécurisant (règles, rituels, réactions aux situations d’injustice ou de discrimination).

A l’aide de publications, de formations, d’événements et de conseils pratiques, SantéPsy.ch visibilise les ressources disponibles et fait évoluer le regard sur la santé mentale, les troubles psychiques et les personnes qui en souffrent. Sa plateforme et ses professionnels constituent un précieux soutien pour les employeurs et les travailleurs.
Le travail, c’est la santé ? « Pas tout le temps » selon Jean-Michel Bonvin, professeur de sociologie et de socioéconomie à l’Université de Genève. Le travail peut générer des difficultés de par les conditions qu’il impose (working poors, pressions ou exigences fortes, conditions de travail extrêmement dures). Sans parler de la question du sens, qui impacte directement la santé mentale. Le chercheur met en avant l’importance de sortir d’une vision individualiste et de prendre en compte l’environnement de travail. Il s’appuie pour ce faire sur l’approche par les capabilités d’Amartya Sen, présentée comme une posture plus équilibrée entre individu et environnement. Le pouvoir d’agir des personnes en insertion dotées d’un environnement social approprié, de moyens adéquats et d’une reconnaissance de leur liberté de choix agit comme un levier de leur santé mentale et de leur retour au travail. Soulignant la nécessité de promouvoir des emplois de qualité, il propose de mesurer l’efficacité d’une politique publique d’insertion moins au taux de retour en emploi qu’à la valeur et au sens attribué à l’emploi retrouvé. Jean-Michel Bonvin suggère ainsi aux professionnels de l’insertion une voie médiane : entrer en discussion avec les préférences du candidat sans céder ni à la tentation de l’infantilisme (décider pour la personne) ni à celle du capacitisme (la sanctifier).

Une table ronde conclusive a convié sur scène :
- Aude Simon, cheffe de projet d’Iradis Valais, prestation de l’Office AI du canton du Valais à destination des employeurs. Programme développé dans le cadre de la prévention et de la détection précoce, Iradis offre conseils, documentation et formations aux directions, cadres et responsables de PME disposant de ressources limitées pour s’occuper de la santé mentale en entreprise.
- Murielle Borgeaud, infirmière spécialiste clinique en santé mentale référente « conseil, appui et formation en psychiatrie » pour le service de la formation professionnelle du canton du Valais. Sa fonction est récente. Appelée notamment dans des cas d’absentéisme et d’anxiété, elle rencontre le jeune, l’écoute, évalue sa souffrance et propose un suivi en direct ou par un professionnel du réseau. Elle note que, bien souvent, les préoccupations de la maison lestent le parcours formatif des jeunes.
Une table ronde conclusive animée par Florian Barbey de Radio Chablais a ensuite permis d’approfondir certaines dimensions et donné la parole au public. Ont été abordés pêle-mêle des sujets comme les « bullshit jobs », l’impact des nouvelles technologies et l’importance de la participation et de la démocratie dans l’entreprise, de même que celle de ne pas traiter les personnes concernées par la maladie psychique et la santé mentale comme des demi-employés.
Un apéritif dînatoire conçu et servi par les professionnels et participants de l’OSEO Valais, du CRTO et de l’ORIF Sion a nourri la poursuite des discussions de même que la mise en réseau.
Insertion Valais vous donne rendez-vous au printemps 2026 pour une nouvelle édition des Vitrines de l’insertion. A l’image des éditions précédentes, la 5e édition déroulera un fil thématique d’actualité, dont les apports et les débats stimuleront les échanges et les réflexions sur le développement des politiques sociales et d’insertion.
